Russie
SU-100
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Canon d’assaut de 100mm dessiné par un groupe sous la direction du Général F. Petrov pour mettre le canon D-10S Model 1944 sous casemate sur un châssis de T-34/85. L’objectif est d’équiper l’armée d’un engin plus puissant que le SU-85 en développant ...

SU-100

Canon d’assaut de 100mm dessiné par un groupe sous la direction du Général F. Petrov pour mettre le canon D-10S Model 1944 sous casemate sur un châssis de T-34/85. L’objectif est d’équiper l’armée d’un engin plus puissant que le SU-85 en développant un chasseur de char à partir du canon de marine B-34 de 100mm. Ce calibre est le seul à rester en lice après l’abandon des recherches autour  du D-25 de 122mm et du D-15 de 152mm car l’avant de l’engin est trop surchargé. D’autres parts la pièce de 107mm ZIS-6 développée en 1941 s’est bien révélée prometteuse mais n’a pas pu être construite en série suite au déclenchement de la guerre

Des travaux de développement débutent en décembre 1943 sous la désignation Objekt 138,  mais il devient rapidement clair qu’il va être impossible de greffer un tel canon dans une casemate sans réduire à néant la capacité de débattement latéral et retirer la trappe d’accès du chef de char.

Le constructeur Uralmash demande alors au bureau d’étude de l’ingénieur Petrov dans l’usine N°9 d’étudier un nouveau canon. Cette nouvelle version sort au début de l’année 1944 et est basée sur un B-34. Elle prend la désignation D-10 avec la version pour char D-10T et la version pour canon automoteur D-10S. La seule différence au niveau de ces canons réside au niveau de l’affût. C’est la firme UTZM qui est chargée de construire l’engin qui reprend 72% d’éléments du T-34, 4% du SU-122 et 7.5% d’éléments du SU-85 et seulement 16.5% d’éléments spécifiques à l’engin

SU-100L’engin est prêt à la production en avril 1944 mais l’état-major désire la comparer à un autre modèle équipé d’un B-34 modifié et désigné SU-100-2. C’est finalement le SU-100 qui est retenu en juillet 1944 après la série de tests comparatifs.

La production commence en septembre 1944 à l’usine UZTM de Sverdlovsk pour se terminer en 1947. Cette production sera reprise après guerre en Tchécoslovaquie. Un total de trois mille trente sept engins sort des chaînes d’assemblage. Il ressemble beaucoup au SU-85 à part la nouvelle coupole du chef de char et la longueur du canon. Des retards dus à la mise au point de la munition perforante BR-412B ont retardés la mise en production

Les exemplaires construits servent dans les bataillons de chasseurs de chars des régiments de chars des divisions d’infanterie mécanisée et par les unités de chasseurs de chars des régiments mécanisés.

D’un profil très bas, robuste et simple à construire il est resté en service en parallèle avec les T-34 jusqu’à la mise en service des T-54. [1]

Dans l’armée soviétique d’après guerre, les SU-100 sont utilisés lors des opérations de répression à Berlin en 1953, Budapest en 1956 et Prague en 1968 et sont même engagés en Afghanistan jusqu’au milieu des années quatre vingt avant d’être transférés à l’armée afghane.

Quelques SU-100 sont examinés avec respects par les allemands qui en utilisent certains exemplaires contre leur précédent propriétaire.

Les SU-100 sont employés par la Corée du Nord, mais seulement après la stabilisation du front lors de la Guerre de Corée. Officiellement ces engins sont toujours en service dans l’armée nord-coréenne.

L’Union Soviétique fournit des T-34/85 et des SU-100 à Cuba qui va les engager lors des combats de la Baie des Cochons. D’autres livraisons ont suivi et un total de cent SU-100 semble avoir été livré. Désormais ces engins sont toujours officiellement en service mais plutôt affectés à des unités de défense côtière.

Des SU-100 semblent avoir été livrés à l’armée nord-vietnamienne alors qu’ils étaient déjà dépassés. Il s’agit peut être d’engins construits en Tchécoslovaquie. Ils ont participés à l’offensive contre le Sud-Vietnam et sont toujours officiellement en service.

Quelques SU-100 sont transférés à l’armée polonaise en mai 1945, peut être au nombre de deux seulement. Une seconde série de livraison a eu lieu entre 1952 et 1953 avec le transfert de cent soixante treize SU-100 et ISU-122M. En décembre 1954, la Pologne alignait vingt cinq ou vingt six SU-100 qui étaient toujours en service à la fin des années soixante.

Le second allié européen à recevoir des SU-100 a été la Tchécoslovaquie. Quelques engins ont été livrés après guerre pour servir de SU-100référence à la propre production locale. La production de SU-100 tchèque a débuté en 1950 dans l’usine TIM et jusqu’en 1956 près de mille quatre cent vingt engins ont été construits dont le quart pour l’exportation. La version tchèque du SU-100, qui diffère seulement par des modifications mineures, demeure en service dans l’armée tchécoslovaque jusqu’au début des années soixante dix, date à laquelle un millier d’automoteur est mis en réserve. Dans les années quatre vingt, le SU-100 sert toujours dans des unités d’entraînement tout comme en Union Soviétique. Lors de la partition de 1992, les SU-100 encore en service sont partagés entre la République Tchèque et la Slovaquie et ont tous depuis été ferraillés.

L’Allemagne de l’Est reçoit aussi des SU-100, au nombre de vingt trois engins qui restent en service jusqu’au début des années soixante. D’autres pays d’Europe Orientale reçoivent des SU-100 comme la Bulgarie entre 1952 et 1956, la Roumanie, quarante huit engins et l’Albanie, trente engins reçus entre 1950 et 1960 et qui vont rester en service jusqu’en 1997. La Yougoslavie va recevoir des SU-100 à la suite du réchauffement des relations avec l’Union Soviétique, qui vont venir en support des engins d’origine américaine, M4, M47, M18 et M36 aux côtés de T-34/85. Ces SU-100 vont demeurer en service jusqu’à la partition de 1991-1992.

L’armée égyptienne reçoit en 1953, cent SU-100 des chaînes de construction tchèques. Ces engins sont utilisés en 1956 lors de la prise du canal de Suez par les forces combinées franco-britanniques puis lors de la Guerre des Six-Jours en 1967. Lors de ce conflit les égyptiens perdent cinquante et un engins. Le dernier engagement des SU-100 s’effectue pendant la guerre du Kippour en 1973. Les engins sont concentrés alors en bataillons antichar affectés aux divisions d’infanterie et la majeure partie des effectifs est perdue dans le Sinaï. Après guerre, les chars sont retirés en deuxième ligne et sont alors affectés à des tâches d’entraînement.

Au moins vingt SU-100 sont livrés à la Syrie entre 1964 et 1967. Lors des combats de 1967 et de 1973, les engins sont engagés sur le plateau du Golan en soutien direct des unités d’infanterie. Il est possible qu’une petite quantité de SU-100 syriens ait été affectée aux irakiennes car l’armée de Saddam Hussein disposait d’une poignée d’engins de ce type en 1991.

A partir de 1957, l’Union Soviétique a livré des engins de type T-34/85 et SU-100 au Yémen pour créer un rapport de supériorité avec les britanniques, puis en 1962 plusieurs SU-100 sont transférés par le gouvernement égyptien en support de la révolution antimonarchique dans ce pays. En 2007, près de trente engins demeurent encore en service.

L’Algérie a reçu plus de cinquante SU-100 entre 1962 et 1965, ils restent en service jusqu’à la fin des années soixante dix. Le Maroc aligne huit SU-100 en 2007 qu’il a probablement obtenus par l’intermédiaire d’un autre pays arabe.

A la fin des années soixante dix l’Angola a reçu des automoteurs de type SU-100, à l’époque totalement dépassé. Ils ont été engagés avec un succès mitigés contre les forces sud-africaines. Par manque d’entretien, la totalité des engins est retirée en 1990.

Dans les années d’après guerre, la Chine a reçu des SU-100, livrés par l’Union Soviétique dans le cadre d’un accord d’assistance militaire. Il est étrange que cet engin n’ait jamais été copié et que les chinois se soient contentés d’utiliser telles quelles ces machines. De nos jours, tous ces engins ont été retirés.

SU-100Description

Le SU-100 est basé sur un SU-85 lui-même dérivé du SU-122 développé à partir d’un châssis de T-34. La caisse est identique à celle du SU-85 avec un blindage frontal plus épais à 75mm. Le poids supplémentaire à l’avant de l’engin entraîne le renforcement des ressorts de suspension des deux galets avant.

La suspension est composée de cinq galets de 830mm de diamètre enveloppé de gomme et avec des suspensions à ressort individuelles. La poulie de tension est à l’avant et le barbotin à l’arrière. Les chenilles sont constituées de soixante douze patins et font 500mm de large.

La casemate est réalisée en plaques d’acier soudées, avec un angle vif pour les deux plaques avant, et une épaisseur de 75 mm sous une incidence de 50° pour la plaque frontale supérieure. Le canon est placé sur la droite du glacis et la partie gauche reçoit la trappe d’accès du chauffeur avec deux équipements d’observation à l’intérieur. La plaque frontale inférieure a une épaisseur de 45mm sous une incidence de 55°. Deux crochets sont soudés sur cette plaque. Les plaques latérales et arrière sont aussi légèrement inclinées mais d’une épaisseur qui n’excède pas 45mm. Des crochets sur ces parois permettent d’amarrer des rails de rangement, des blocs de patins de remplacement et divers type d’outillage. Le long de la superstructure courent des garde-boues et sur le capot moteur, prennent place deux coffres de rangement, un à droite et l’autre à gauche

Par rapport au SU-85 la casemate est équipée d’une coupole pour le chef de char, d’un instrument d’observation Mk-IV et de deux ventilateurs sous une coiffe blindée sphérique. L’épaisseur du toit est d e20mm, il est percé d’une double trappe pour le viseur panoramique, d’une double trappe d’accès en L.

L’aménagement de l’engin est classique avec compartiment de combat à l’avant et compartiment moteur à l’arrière avec la transmission les réservoirs et les filtres à air.

Le compartiment moteur est protégé par un coffre blindé composé de deux plaques arrière de 45mm d’épaisseur sous un angle de 45°, de deux plaques inclinées latérales et de trois plaques de toit. Plusieurs trappes permettent d’accéder aux équipements mécaniques. Sur les trappes arrière, il y a une trappe circulaire pour accéder à la transmission entourée des deux pots d’échappement. Sous le char, du côté droit il existe une trappe d’évacuation de secours.

Le véhicule est propulsé par un moteur diesel 12-cylindres en V, V-2-34 de 450cv à 1700 tours/min. Ce moteur est mis en marche par un starter ST-700 de 15cv ou par air compressé. Un filtre Cyclone filtre l’air qui pénètre dans le moteur. Le véhicule emporte 470 litres de carburant plus 360 litres dans des bidons externes. Par rapport au SU-122M, le réservoir de gauche du compartiment de combat est remplacé par deux réservoirs montés à droite. Les deux réservoirs externes cylindriques ne sont pas raccordés au circuit d’approvisionnement du véhicule. L’engin emporte 40 litres d’huile.

Le châssis du véhicule est strictement semblable à celui du T-34  obr.1943 construit par UZTM avec cinq roues de route, barbotin à l’avant et poulie de tension à l’arrière. Les chenilles comptent 74 éléments chacune.

Le circuit électrique est alimenté par quatre batteries rechargeables 6STE-128 connectées en parallèle et un générateur GT-4563-A

L’engin est équipé d’une radio 9-PC ou 9-PM d’une portée de 25km et d’un équipement de communication interne TPU-3bis ou TPU-3-F.

L’armement du SU-100 est un canon D-10S obr.1944 de 56 calibres qui pèse 1435kg avec une élévation comprise entre -3° et +16° et un débattement en site compris entre 20° à droite et 20° à gauche. La longueur maximale du recul ne dépasse pas 570mm. La mise à feu principale est électrique mais avec une possibilité de déclenchement mécanique. Le canon est équipé d’un viseur de tir direct télescopique articulé TSh-19 et d’une lunette panoramique pour le tir depuis une position protégée. La cadence de tir pratique est de 5 à 6 coups/min

Le canon D-10S est doté de dix huit projectiles perforants BR-412B et de quinze projectiles HE-FRAG OF-412.  Sur les trente trois munitions emportées, huit sont dans la partie arrière et dix sept sur le côté gauche du compartiment et les huit dernières sur la droite. Le canon peut tirer les munitions suivantes, AP-T BR-412 avec fusée MD-8, AP-T BR-412B avec fusée MD-8, HE-FRAG O-412 avec fusée RGM, HE-FRAG OF-412 avec fusée RGM, HE-FRAG OF-412U avec fusée RGM, fumigène D-412 de 30.10kg avec fusée DDM, DDM-6 ou B-429, fumigène A-412U de 30.10kg avec fusée B-429, AP-T BR-421D et APDS BK9. Les trois derniers modèles de projectiles n’ont été développés qu’après la guerre.

Les munitions perforantes présentent les caractéristiques suivantes, BR-412B de 15.88kg avec une vitesse initiale de 880 m/sec et SU-100une capacité de pénétration sous une incidence de 90° de 148mm à 100m, 133mm à 500m, 116mm à 1000m, 101mm à 1500m et 89mm à 2000m et BR-540B de 15.88kg avec une vitesse initiale de 880 m/sec et une capacité de pénétration sous une incidence de 90° de 186mm à 100m, 167mm à 500m, 146mm à 1000m, 127mm à 1500m et 111mm à 2000m.

L’équipage emporte aussi deux pistolets mitrailleurs PPSh de 7.62mm avec vingt chargeurs soit 1420 munitions, quatre grenades antichars et vingt quatre grenades F-1. Deux lance-grenades fumigènes MDSH sont installés sur l’arrière du char pour réaliser un écran de fumée.

En cours de déplacement, le chauffeur conduit trappe ouverte et en combat il utilise des équipements de vision optique sous protection blindée. La coupole du chef de char est équipée de cinq fenêtres d’observation avec des glaces blindées et d’un équipement de surveillance MK-4.

Variantes:

SU-100, modèle de base sur châssis T-34/85

ESU-100, canon automoteur expérimental avec transmission électrique évalué en été 1944 sans construction en série

SU-122P, version étudiée suite aux difficultés de mise en service du SU-100 et armée d’un canon de 122mm D-25S. Même si les essais réalisés avec le prototype se révèlent positifs, il n’est pas construit en série en raison d’une trop faible cadence de tir

SU-100M

Jusqu’au début des années cinquante, les SU-100 sont modernisés sur le même plan que les T-34/85 avec installation d’un moteur V-34M ou V-34M-2-11, d’une pompe à essence NK-10, d’un extracteur de poussières VTI-3, d’un équipement de vision pour le chef de char TPKU-2B, d’un équipement de vision nocturne pour le chauffeur TVN, d’une station de radio 10RT-26E et d’un système de communication interne TPU-47. De nouvelles munitions sont mises au point et à la place des PPSh sont emportés des AK-47. Des roues de route de T-44 remplacent celles du T-34/85 à partir de 1946

SU-100 M-1960

Dans la seconde moitié des années soixante, un équipement amélioré de vision nocturne TVN-2 ainsi qu’une radio R-113 sont installés.

SU-100 chinois, avec support pour mitrailleuse

SU-100U, version de commandement

SU-100T, conversion de canons d’assaut en véhicule blindé de dépannage, poids 27 tonnes, longueur 6.2m, largeur 3.05m, hauteur 2.3m, force de traction 12 à 15 tonnes

SU-101, production tchèque du SU-100 à partir de 1950

WZT-SU, conversion polonaise de SU-100 en engins blindés de dépannage

SU-100

Dimensions :
Poids total en ordre de combat : 31.6 tonnes
Longueur : 9.45m, largeur : 3m, hauteur : 2.245m
 
Moteur : un diesel V-2-34M de 500cv à 1800 tours/min
Puissance spécifique : 15.82 cv/t, capacité du réservoir : 500 + 270 litres
Consommation : 179 litres au 100 km sur route et 294 litres au 100 km en tout terrain
 
Performances
Vitesse : 50 km/h sur route et 20 km/h en tout terrain, autonomie : 280 km sur route et 170 km en tout terrain
Pente : 35°, obstacle vertical : 0.8m, passage à gué : 1.3m, tranchée : 2.5m
 
Armement : Canon de 100mm D-10S Model 1944  L/54avec 34 munitions
                Viseur TSh-19
                Azimut : 10° à droite et à gauche, élévation de –3° à +20°
Type de munitions
Désignation
Type
Poids
Vitesse initiale
Pénétration à 100m
Pénétration à 500m
Pénétration à 1000m
Pénétration à 1500m
Pénétration à 2000m
BR-412B
APBC
15.88 kg
880 m/sec
148mm
133mm
116mm
101mm
89mm
BR-412D
APCBC
15.88 kg
880 m/sec
186mm
167mm
146mm
127mm
111mm
 
Radio: 10-RF-26
 
Blindage :
Caisse : avant haut : 75mm à 40°, avant bas : 45mm à 35°, côtés haut: 45mm à 70° et 45mm à 50°, côtés bas : 45mm à 90°, arrière : 45mm à 42°, 45° et 90°, dessus : 20mm à 0°, plancher : 20mm à 0°
Mantelet : 75mm arrondi
 
Equipage : 4 hommes
Pays utilisateurs : Algérie, Angola, Chine, Corée du Nord, Cuba, Egypte, Hongrie, Irak, Mongolie, Pologne, RDA, Roumanie, Tchécoslovaquie, Russie, Vietnam, Nord Yémen, Yougoslavie
Constructeur : Zavod N°9